Le chocolat, un médicament ?

Le rôle du chocolat, de l’enfance à l’âge adulte est prépondérant. Séducteur, en noir ou en café au lait, habillé en tablette ou en ballotins, brûlant ou glacé, pur et simple ou élaboré et mélangé, il est omniprésent. Il nappe, enrobe, glace, mousse, coule, lie, émulsionne, teinte, parfume, orne, durcit… soignerait-il aussi, en plus de toutes ces fonctions ?

Son histoire pourrait le prouver

Le théobroma cacao était utilisé par les Mayas et les Aztèques, déjà à l’époque pré-colombienne, comme boisson sacrée (le « tchocoalt ») mais aussi comme médicament, onguent pour cicatriser ou boissons pour soigner aussi bien le foie, les poumons et la digestion.
Il se répandit vite en Europe doté de nombreuses vertus thérapeutiques.
Utilisé très tôt en pharmacie pour atténuer le goût amer des pilules, il devint très vite un remède sous forme de pastilles ou tablettes appelées « Chocolat de santé ».

Le cacaoyer est un arbre qui pousse dans les pays chauds et humides. Ses fleurs donnent de gros fruits : les cabosses qui contiennent trente ou quarante graines : les fèves au goût amer qui fermentent, puis sèchent au soleil. Expédiées dans les chocolateries d’Europe elles sont grillées puis broyées pour former la pâte de cacao. On extrait la graisse : le beurre de cacao. Remué durant 2 ou 3 jours, la pâte de cacao, le beurre de cacao et le sucre donnent enfin du chocolat. Attention le chocolat blanc n’est pas du chocolat et ne contient pas de poudre de cacao !

Son analyse le confirme

Comme les autres aliments et boissons d’origine végétales, le chocolat a pour constituants naturels les polyphénols par leur composition chimique aident l’organisme à se défendre contre les maladies. Grâce à de nouvelles analyses très pointues on a pu séparer et quantifier précisément les substances contenues dans le chocolat.
C’est une source de minéraux et de vitamines : du potassium, du magnésium, du phosphore, du calcium, du fer, des vitamines B1 et B2. Il est énergétique (520 Kcal pour 100 g) et avec ses glucides, tonifiant et revigorant.
Ce n’est pas tout, la théobromine et la caféïne sont stimulantes et bonnes pour le moral, la sérotonine, la phényléthylamine, la tyramine et l’anandamine ont un effet anti-dépresseur, sans compter le plaisir gustatif que le chocolat nous procure.
Même la cosmétologie s’est maintenant mis au chocolat avec des crèmes anti-stress et nourrissantes utilisant notamment l’effet anti-vieillissement des polyphénols.

L’ami du cœur

Comme le vin rouge et le thé, les oignons, les myrtilles, les airelles, le raisin, le cacao et les chocolats sont riches en polyphénols anti-oxydants dont les plus courants sont les flavonoïdes : ils diminuent l’agrégation des plaquettes (activité semblable à celle de l’aspirine) dont la conséquence est la baisse des risques cardiovasculaires.
D’autre part, l’acide oléique de la fève de cacao contribue à diminuer le « mauvais cholestérol » qui se dépose dans les artères sans diminuer le « bon cholestérol » qui les protège.
Le chocolat n’est pas défendu en cas d’hypercholestérolémie, l’acide stéarique qui compose 26 % des graisses du chocolat n’a guère d’impact sur le cholestérol sanguin.

Comme le vin, avec modération…

Toutes ces vertus ne veulent pas dire que l’on doit consommer sans réserve et avec excès du chocolat (bien que votre cerveau, stimulé positivement par le plaisir du goût du chocolat indique à vos cellules d’en redemander… d’où le carreau qui se transforme en tablette). En cas de goutte ou de lithiase oxalique (calculs rénaux) ou d’insuffisance rénale, évitez d’en consommer de trop (surtout le chocolat noir). Il est en tout cas totalement irresponsable des « crises de foie » et des poussées d’acné.

Chocolat et polyphénols
Le Professeur SCHLIENGER du Service de Médecine Interne et de Nutrition du CHU Hautepierre à Strasbourg, spécialiste de cet aliment, nous donne son avis :

« Le chocolat n’est pas un médicament.
Il est avant tout vecteur de plaisirs par les saveurs inégalées qu’il dispense. Objet d’offrande et de désirs, il contient néanmoins des substances extraordinaires dont l’effet sur la santé est potentiellement intéressant.
C’est ainsi qu’il détient, avec le vin rouge, la plus forte teneur en polyphénols-microconstituants également présents dans les fruits et légumes- dont le pouvoir anti-radicalaire et anti-oxydant est considérable. Ces substances auxquelles appartiennent les flavonoïdes permettent de lutter contre l’oxydation des LDL et les rendent moins athérogènes. Elles réduisent également la peroxydation des lipides membranaires et jouent un rôle favorable dans les processus de vieillissement et de cacérogénèse.
Elles ont de surcroît un effet anti-agréguant plaquettaire démontré. L’ingestion d’un bol de chocolat a un effet comparable à 100 mg d’acide acétylsalicylique.

Toutefois, peu d’études épidémiologiques ont permis d’établir une relation entre la consommation des polyphénols et la réduction du risque cancérogène ou cardio-vasculaire.
En l’état, il reste que le chocolat occupe avant tout le terrain par son exceptionnelle dimension psychosensorielle… ce qui vaut bien tous les polyphénols du monde ! »

Josette Prim